Archives Mensuelles: décembre 2013

La migration des jeunes, quel gâchis pour la sécurité alimentaire du Bénin

En sillonnant certains villages frontaliers notamment Modogan dans le Sud ou Kabo dans le centre du Bénin, on constate aisément le flux des braves valides vers le géant Nigeria. Ils sont des centaines de jeunes de 15 à 35 ans qui passent chaque jour par ces villages avec leur petit colis pour se rendre au Nigéria pour  aller chez le bonheur.

Que font –ils en réalités au Nigeria ?

Selon certains migrants revenus au bercail, les jeunes migrent vers le Nigeria pour aller cultiver la terre dans les grandes exploitations agricoles. En effet, les jeunes actifs agricoles vont rester dans les exploitations agricoles pendant deux ans au moins pour servir de main d’œuvre. Ils sont  les hommes à tout faire dans l’exploitation.

Ils font toutes les activités agricoles, sarclages, labours, défrichement, entretiens, semis, la confection des buttes. Ils sont considérés à la limite des esclaves aux mains de leurs maîtres.  Le contrat qui lie l’esclave et le maître, c’est qu’à la fin des deux ans, le maître achètera une moto qui coûte trois mille (300000) francs CFA à l’esclave pour lui rendre sa liberté. Cet migrant reviendra au pays pour conduire taxi moto avec l’engin acquis au prix de longs sacrifices.

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conducteur de Taxi moto dans un Feu tricolore à Cotonou

Ces migrants vont travailler dans les champs des autres exploitants et ramener les rémunérations à leurs maîtres. Le maître signe les contrats avec les autres exploitants et le migrant se charge de remplir les clauses du contrat.Ces jeunes, souvent laissés à eux-mêmes, font tout pour satisfaire les désirs, les attentes et les envies de leurs maîtres afin d’espérer trouver la moto, chose promise. Ils sont des milliers de jeunes béninois, valides, actifs et travaillant qui travaillent sous la pluie, le soleil, le jour et la nuit comme des forcenés pour espérer un jour être un propriétaire de moto afin de venir souffrir sous le soleil et la pluie pour conduire le Taxi moto afin de  venir en aide à leur  famille.

Migration, quel rapport avec la sécurité alimentaire

Selon Le sommet mondial sur l’alimentation, « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine » (FAO, 1996).

Ainsi la sécurité alimentaire comporte quatre dimensions : Disponibilité alimentaire,  Accessibilité à la nourriture l’utilisation de la nourriture dans le cadre d’une diète adéquate et la stabilité des prix. L’aspect disponibilité d’aliments en quantité suffisante et d’une qualité appropriée  est assuré par la production nationale ou les importations (y compris l’aide alimentaire).

Une production nationale est synonyme de la disponibilité de la main d’œuvre pour la production agricole puisse que les outils traditionnels de travail comme la houe, le coupe-coupe, le dabas et bien d’autres sont encore en usages dans les zones de production agricole.

Malgré la pression foncière au Sud du Benin, la terre est disponible en quantité et en qualité dans les zones à forte production agricole. Les paysans sont disposés à donner leur terre en culture puisse que plus de trois quatre des terres sont non défrichées dans le pays. La fuite de ces braves valides fait perdre d’énormes actifs agricoles pour le Benin et le rend vulnérables aux crises liées à la disponibilité alimentaire donc à l’insécurité alimentaire

Alors pourquoi ne pas intéresser les jeunes à l’agriculture pour qu’ils puissent rester au pays ?

Source photo : http://www.lanouvelletribune.info

Romuald DJEGBENOU

Agroéconomiste

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